idées reçues sur la peinture à l'huile

Comme promis dans un précédent article, j’aborde aujourd’hui la peinture à l’huile.  Ici, je vais tordre le cou à cinq idées reçues sur la peinture à l’huile. Pourquoi cinq ? Parce que ça me parait bien pour commencer, ni trop peu, ni trop. Je détaillerai plus tard les bons usages en peinture à l’huile, ou les alternatives. Vous êtes prêts à considérer ce médium sous un autre jour ? Allé, hop c’est parti.

1 – La peinture à l’huile se dilue à l’huile de lin crue.

Je commence directement par la plus grosse erreur que nous autres, communs des mortels, commettons. On commence tous la peinture à l’huile de cette façon, en combinant une essence de térébenthine ou de pétrole avec de l’huile crue. Cruelle erreur. Pourquoi ? Parce que la peinture a besoin de sécher à cœur. Or, nos tubes de peintures contiennent déjà de l’huile crue, très peu siccative. Une fois diluée à l’huile de lin crue, la peinture sur toile va mettre un temps interminable à durcir. De plus, cette pratique fragilise la couche picturale.

Mais alors, quelle est la bonne pratique ? En schématisant je dirais : huile cuite pour la souplesse, diluant pour la viscosité, et une résine pour la solidité. On garde l’huile crue pour le broyage des pigments, et les dernières couches de peinture. Je poursuis mes recherches pour vous faire un bel article plus précis sur le sujet.

2 – La peinture à l’huile est chère

Oui… et non. Effectivement, le matériel nécessaire à la peinture à l’huile peut-être assez onéreux. Un flacon de truc par-ci, un flacon de truc par-là… Ensuite, les supports nécessaires à la pratique sont onéreux. Et oui, pas question d’utiliser du papier de brouillon pour s’entrainer ici ! L’huile et ses acides naturels vont détruire le papier… Sans parler du fait que le papier va boire l’huile, créant de belles auréoles jaunâtres. Par rapport à l’aquarelle, qui est absolument abordable, l’huile pratiquée en peinture artistique peut vite couter cher.

Pourtant, il existe quelques astuces pour diminuer les coups. Déjà, broyer vos couleurs vous-même. A chaque tableau, vous préparez vos couleurs à la demande et vous les stockez dans une palette hermétique entre deux séances. Puisque le cœur même de votre matière est un mélange très simple de pigment et d’huile, autant en profiter. Ensuite, au lieu de peindre sur toile, vous pouvez travailler sur un carton toilé du commerce. Beaucoup moins cher, et je trouve qu’ils se tiennent vraiment bien dans le temps. Voire même enduire de gesso un carton ou une feuille de papier pour vos esquisses. Enfin, pour vous entrainer, vous pouvez opter pour un mélange d’essence de térébenthine et d’huile crue (ou du médium à l’œuf dont je vais vous parler plus bas 😉 ) afin de réaliser vos esquisses et de vous familiariser avec votre médium. Puisqu’il s’agit d’esquisses ou d’entrainements, la durabilité de la couche picturale n’est pas votre priorité.

3 – La peinture à l’huile est la “reine” des techniques

Parmi les cinq idées reçues sur la peinture à l’huile, celle-ci était l’idée que je voulais vraiment torpiller. En effet, nous sommes au XXIè siècle. Nos chimistes ont créé des résines acryliques formidables, les marques se sont décarcassées pour répondre à nos besoins en tant qu’artiste. Les pigments sont des matériaux maitrisés aujourd’hui, car ils sont aussi utilisés dans l’industrie. S’il y a bien une technique “reine” en ce siècle, c’est bien l’acrylique !

En effet, l’acrylique permet à l’artiste de se détacher de l’aspect “artisanal” du travail pictural. Un artiste de la Renaissance sélectionnait ses pigments, les broyait, faisait ses mélanges. Il tenait un carnet de recette, où il notait comment doser un médium, comment cuire une huile, comment doser un baume… Aujourd’hui, vous achetez des tubes de peintures, un ou deux pots de médiums acryliques, avec un pot d’eau et trois pinceaux et hop. Vous êtes prêts à peindre. Nettoyage facile, pas besoin de notions d'(al)chimie…

Pourtant, l’huile est restée ancrée dans notre imaginaire comme étant la technique des grands maîtres. C’est normal. En tant que technique, l’huile présente de très belles qualités, comme une brillance particulière. L’huile est donc la reine des techniques dans nos cœurs. Dans les faits… L’acrylique s’impose.

4 – La peinture à l’huile est une peinture difficile car technique.

Alors… oui…. et non ! L’huile en tant que matériau est effectivement complexe à maitriser. Une fois encore, nous ne sommes pas dans le domaine de peinture acrylique. L’huile est un liant organique, répondant à une chimie complexe. C’est une maîtresse exigeante, qui nécessite soin et application. En revanche, à l’application… Que du bonheur.

Je parle beaucoup des fondus : c’est ce qui permet de créer des transitions entre deux couleurs. Les fondus permettent de créer visuellement l’effet de lumière sur un volume. Comme la peinture sèche très lentement et ne forme pas de couche compacte sous le pinceau, vous pouvez travailler la matière et modeler, littéralement, votre sujet. A l’aide de la touche, de retrait ou d’ajout de peinture, vous parvenez à recréer un effet de matière. Si un coup de pinceau vous déplait, il est assez facile de l’effacer ou de le corriger.

5 – La peinture à l’huile est toxique.

Parmi les idées reçues sur la peinture à l’huile, celle-ci est certainement la plus fausse… car elle est mal formulée. A moins d’utiliser des métaux lourds, la matière composant la peinture est tout sauf toxique. De l’huile, et des pigments, et c’est tout ! En revanche, les produits qu’on utilise pour, notamment, diluer et nettoyer cette peinture sont souvent toxiques. Heureusement, il existe quelques petites solutions pour réduire les émanations volatiles.

L’œuf en émulsion, un diluant et un agent de nettoyage de la peinture à l’huile

Actuellement, je n’ai pas trouvé mieux. L’œuf contient de la lécithine, un composé chimique permettant de lier l’huile à l’eau. La bonne nouvelle, c’est que grâce à un œuf mélangé à l’huile, vous pourrez diluer votre peinture pour l’appliquer sur toile mais aussi nettoyer vos pinceaux au savon.

Recette du médium à l’œuf pour la peinture à l’huile :

alternatives aux solvant peinture huile
Exemple de ce que donne ma palette en cours de peinture avec le médium à l’œuf.

Alors, cette recette, je ne la présente pas comme un canon classique de la peinture ni comme quelque chose de “bon à faire”. Je tâtonne et j’ai besoin de quelques recherches encore pour valider ou invalider son usage. En tout cas, utiliser ce médium permet de diluer la peinture et de la durcir, et agit donc comme une résine.

Pour les premières couches de peintures, j’utilise un jaune d’œuf que je mélange à une petite quantité d’huile de lin cuite. Pour un effet tensioactif et renforcer l’émulsion, je bats le blanc de mon œuf à part pour le liquéfier, et j’en ajoute une petite quantité. Puis, je mélange à de l’eau pour agir comme diluant et exécuter ma première couche de peinture.

Pour la suite, je diminue la quantité d’eau et je remplace par de plus en plus d’huile et ajoute un peu plus de blanc d’œuf, pour ses propriétés de durcissement de la couche picturale.

Utilisation de l’œuf pour le nettoyage :

A la fin de ma séance de peinture, j’essuie mon pinceau pour en retirer le surplus de peinture. Puis je trempe mon pinceau dans mon médium, et sur une palette propre, je travaille le pinceau comme si je voulais mélanger de la peinture. Les pigments vont se lier à l’œuf et sortir de la touche de poils. Ensuite, je n’ai plus qu’à frotter mon pinceau sur mon pain de savon et à le nettoyer.

Pour conclure :

Voilà pour ce petit tour d’horizon des cinq idées reçues dur la peinture à l’huile. J’espère que ça vous aura éclairé sur cette technique magnifique, contraignante certes, mais aussi polyvalente.

Sur ce, je vous souhaite bonne peinture à tous et à toutes 😉

Artiste peintre et Chaman d'un monde qui n'existe pas.

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